Photo: Gabontribune.com
Sur son site internet, Louis Gaston Mayila se présente comme ayant les diplômes suivants: Capacité en Droit première et deuxième Partie ; Licence en Droit Public ; Maîtrise en Droit Public ; DESS de Sciences Politiques. Il y énonce un chapelet de fonctions qu’il a occupé au plus sommet de l’Etat, dont la plus prestigieuse fut d’être nommé en Janvier 2006 par Omar Bongo, Vice-Premier Ministre, Ministre de la Solidarité Nationale, des Affaires Sociales, du Bien Etre et de la Lutte contre la Pauvreté. Louis Gaston Mayila est un membre des plus hautes sphères politiques gabonaises depuis 1975, quand il fut nommé Directeur de Cabinet d’Omar Bongo. Une présence de 40 ans à ce niveau. Ces bons et loyaux services de hauts dignitaires ont d’ailleurs été récompensés à l’occasion des festivités du 17 aout 2014, par la remise qui lui a été faite de la décoration du Mérite de l’Ordre de l’Étoile Equatoriale par Ali Bongo (voir photo ci-dessus). Mais seulement, le même Louis Gaston Mayila se retrouve aujourd’hui empêtré dans une affaire de fausse monnaie.
Ce billet ne veut pas être le tribunal de Mayila car nous estimons qu’il a droit comme tout le monde à la présomption d’innocence et devrait se défendre devant les tribunaux. Nous ne l’accuserons donc de rien, en tout cas pas avant que la procédure ne suive son cours. Ce que nous voulons faire aujourd’hui est d’analyser comment et pourquoi, la fausse monnaie (tout comme les crimes rituels d’ailleurs) va désormais de pair avec la dictature gabonaise.
Pour en savoir plus, nous nous sommes tournés vers l’ONG Survie qui en 1995, publia un livre dont le titre est « Les Liaisons Mafieuses de la Françafrique » chez l’Harmattan. Dans ce livre il est question de l’intersection de la pègre internationale et des dictatures d’Afrique francophone à travers la méthode des valises de vraie monnaie qu’on échange contre de la fausse monnaie qu’on écoule dans des casinos en Afrique, de la fausse monnaie qui sert à acheter or et diamants auprès de pauvres villageois, de blanchiment de narco-dollars grâce à cette fausse monnaie.
D’après Survie, le franc CFA est devenu le canal privilégié d’une corruption et d’un "blanchiment" à grande échelle: sa convertibilité permettant de transformer l’argent sale en argent propre, et réciproquement, en passant par des pays où la Françafrique entretient soigneusement le mythe de l’assurance comptable du franc CFA. Toute la Françafrique fonctionnerait selon ces principes de valises échangeables. Les acteurs étant: les écuries politiques françaises et les familles présidentielles africaines, les entreprises implantées dans ces pays, les intermédiaires et trafiquants des réseaux. Les "Messieurs Afrique" de l’Elysée seraient tous solidaires de ces méthodes.
Survie affirme que toute l’Afrique Centrale a été inondée de faux CFA. Le principal homme de paille sur le terrain ayant été un Camerounais résidant à Libreville, fortement lié aux plus hautes personnalités présidentielles Gabonaises, un certain Donatien Nguidjeu Koagne. Ce dernier fut même arrêté la main dans le sac à Douala, en octobre 1989, porteur d'une cargaison de mercure qu’il expliqua destiné à fabriquer de la fausse monnaie; mais il fut relâché "faute de preuves", malgré son aveu détaillé d’un programme de faux-monnayage impliquant des chefs d’Etat. Dans un article de Karl Laske publié le 14 novembre 1998 dans le journal français Libération, Donatien Nguidjeu Koagne est décrit comme ayant été emprisonné au Yemen, et les services spéciaux français tentant de tout faire pour lancer une opération de sauvetage dont le nom de code était «Jardin d'Eden», pour le libérer. Pourquoi les services secrets français tenaient tant à Donatien Nguidjeu Koagne ? Parce que nous explique l’article, ce dernier qui avait une villa à Champigny, un avion privé au Bourget et flambait dans les boites de nuit black de Paris; était leur homme. Sa spécialité était de permettre aux cercles de jeux en Afrique de blanchir leur argent et à la France de se procurer de d'uranium. Il fréquentait tous les cercles gouvernementaux en Afrique Centrale et passait pour «un caïd intouchable».
Mais Donatien Nguidjeu Koagne veut exporter son audace au Moyen Orient (pour le compte de qui ?). Il se rend au Yémen vers la fin 1995, et promet à l'un des chefs des services spéciaux de ce pays qu’il peut lui fabriquer 9 millions de dollars avec 3 millions de mise. Le piège fonctionne et il embarque 2,5 millions de dollars dans son Falcon. Lors d’une escale à Nairobi, son avion heurte une gazelle et Koagne doit louer un Falcon différent pour rentrer à Paris. Arrivé au Bourget, cet avion de location qui n’était pas connu des services spéciaux français, est fouillé par les douanes (alors que le sien ne l’était jamais). L’argent est saisi. Les douaniers Français décident d'envoyer cet argent pour expertise aux Etats-Unis. Les américains tombent des nues, car cet argent provient de la Réserve fédérale et il s'agit de fonds spéciaux livrés au gouvernement du Yémen par les USA. Entretemps, Koagne reprend le Falcon de location pour le Yémen (sur ordre de qui?) et il y est arrêté. Il est mis au secret. On ne le reverra plus jamais!
Libération écrit que certains chefs d'Etat Africains étaient disposés à verser une rançon pour sa libération, mais les Yéménites refusèrent. Sa mort officielle dans sa prison du Yémen fut annoncée le samedi 6 Février 2010. Le contenu de son carnet d’adresse ? Qui lui avait donné les planches à billet ? Qui lui fournissait des quantités industrielles de mercure ? Il fut arrêté au Yémen mais son équipage français a pu rentrer à Paris à bord du même avion, comment est-ce possible ?
Chers lecteurs, qu’un dignitaire de l’Etat PDG-Bongo comme Louis Gaston Mayila soit empêtré dans une affaire de fausse monnaie est scandaleux, certes, mais pas du tout surprenant quand on considère que la fausse monnaie fait partie de l’arsenal de criminalité économique de notre dictature. Tout le monde, sauf les naïfs bien sûr, sait très bien que depuis les années 90, la fausse monnaie sert au régime pour le financement de ses campagnes électorales. Tout le monde se souvient qu’en 1993, c’est Casimir Oye Mba, à l’époque Directeur de campagne d’Omar Bongo, qui s’était vu remettre par les services de la Présidence et du Trésor, un butin de campagne dont une grande partie était constituée de faux billets. Dans ce genre de contexte, Louis Gaston Mayila se retrouve peut être pris dans ce qu’il pensait être la norme. Il faut dire que 40 ans de criminalité, ça fini par laisser des traces!
Le régime Bongo a utilisé la contrefaçon de billets de banque pour payer les fonctionnaires, en insistant sur des paiements en liquide; pour verser des bourses aux étudiants; ou pour corrompre nuitamment des opposants. Mais l’utilisation de ces billets s’est surtout faite dans l’achat des voix aux élections. Certaines banques Gabonaises ont procédé au blanchiment de faux billets en encaissant des vrais CFA et en donnant à la clientèle des faux; se partageant par la suite avec le commanditaire de ces faux, l’équivalent de vrais billets échangés. Vous comprenez, chers lecteurs, que, quand les plus hautes autorités de l’Etat sont impliquées dans le faux monnayage, la circulation de la fausse monnaie devient une partie officielle de l’économie. Chers lecteurs, si les accusations sont vérifiées, pensez-vous qu’Ali Bongo ignorait que Mayila pratiquait le faux monnayage quand il décida récemment de le décorer de la plus haute distinction du pays?
Source : Charlie M. - Le Gabon énervant