Guy Nzouba-Ndama (photo: T. A.)

Guy Nzouba-Ndama, le Président de l’Assemblée Nationale Gabonaise, a prononcé une curieuse intervention télévisée la semaine écoulée, dans laquelle il fustigeait certains dans l’entourage d’Ali Bongo qui voulaient se débarrasser de lui, les accusant de colporter à son égard, des rumeurs de velléité de candidature à la présidence. Cette déclaration de Nzouba-Ndama nous a paru être sa version de : « vous entendrez parler de moi », qu’avait jadis promis André Mba Obame à l’endroit des mêmes personnes. Il est de plus en plus évident que le pouvoir Ali Bongo continu de se désagréger, et que la crise profonde, multiforme et persistante à laquelle le pays est confronté, sévisse aussi au cœur du pouvoir.
Nous devons d’abord recadrer les choses en rappelant à tout le monde que Guy Nzouba Ndama est l’un des architectes de la prise du pouvoir par Ali Bongo en 2009. Dans son livre : « Démocratie dynastique au Gabon », le journaliste Jean de Dieu Ndoutoum-Eyi décrit longuement le rôle central que Guy Nzouba-Ndama a joué dans le coup de force d’Ali Bongo. Aujourd’hui, ce même Guy Nzouba-Ndama semble ne plus être en odeur de sainteté parmi les émergents, d’où cette déclaration sur Gabon Télévision.
Mais il y a une information que peu de Gabonais connaissent, et qui expliquerait peut être le froid et la distance entre Guy Nzouba-Ndama et Ali Bongo. Il y a 2 ans environ, alors que la situation socio-politique et économique du Gabon continuait à dégénérer, l’ambassadeur de France à Libreville de l’époque, demanda à rencontrer Guy Nzouba-Ndama qui était encore considéré comme un des piliers du régime. Le Français ne fit pas dans la dentelle ; d’après le témoin qui nous a rapporté les faits, l’Ambassadeur de France dit à Nzouba-Ndama qu’Ali Bongo n’était pas un chef d’Etat, mais un petit voyou et que la France ne le soutiendrait plus. C’est peut-être à partir de cet instant que Guy Nzouba-Ndama comprit qu’Ali Bongo était politiquement fini et qu’il fallait se mettre en retrait de ce régime et attendre le moment opportun pour réagir publiquement.
Pour Guy Nzouba-Ndama, le moment de réagir semble être arrivé. Considérant l’impopularité d’Ali Bongo au Gabon ; considérant la paupérisation de la population, la chute vertigineuse du pouvoir d’achat des Gabonais, le recul sans cesse croissant des capacités économiques nationales, l’omniprésence de l'arbitraire, de la corruption, du népotisme, du tribalisme (auquel Nzouba-Ndama a largement contribué) ; vu la dislocation de l'appareil sanitaire, l'effondrement du système éducatif, la confiscation des libertés individuelles et collectives, le détournement systématique des biens publics et la spoliation des Gabonais ; convaincu de l'incapacité du pouvoir en place d'apporter des solutions à la situation tragique du pays; il ne serait pas impossible que Guy Nzouba-Ndama, sachant proche la fin inévitable d’Ali Bongo, ait décidé de rompre à sa manière avec l'ordre qu’il a soutenu en 2009 et de se préparer à renaitre dans ce qui apparait de plus en plus comme un prochain inévitable après Bongo.
Le contenu de la déclaration de Guy Nzouba-Ndama est en fait une déclaration de guerre au sein du régime qui laisse préfigurer des lendemains difficiles pour ce pouvoir qui semble se diriger à une vitesse vertigineuse vers un fracassant éclatement dont le régime ne se remettrait jamais. Les prochaines semaines et mois seront déterminants, car quand on sait lire entre les lignes, cette déclaration de Guy Nzouba-Ndama était moins une déclaration de soutien à Ali Bongo qu’une sortie de présence politique personnelle!
Source : Charlie M. - Le Gabon énervant