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POUR UN GABON MEILLEUR!
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POUR UN GABON MEILLEUR!
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18 juin 2009

Gabon - France : Bongo, bon gars du Gabon ?

Le président du Gabon est mort. Autour de ce décès, on assiste à une indulgence quasi obscène des médias occidentaux (à quelques exceptions dont Libération NDLR) et un chapelet d’indécentes éloges de la part de la classe politique français (en dehors du propos très critique d’Eva Joly sur le bilan des années Bongo), de ses amis, proches ou lointains, sans aucun égard pour le peuple gabonais qu’il a martyrisé quarante-deux ans. Si l’on cite un à un les attributs que ses thuriféraires lui accolent au lendemain de sa mort, on peut légitimement se demander de qui l’on se moque.

«Le sage».

Cet autocrate a manqué de sagesse lorsqu’il s’est agi de gérer la manne pétrolière de son pays. Dans les années 60, le Gabon était membre de l’Opep mais si on le compare à Dubaï, c’est un vaste bidonville où le peuple croupit dans la misère et regarde les 10 000 à 15 000 profiteurs du régime (acheté par le génie corrupteur de cet autocrate) se gaver de l’argent du pétrole et du bois et regardant de loin l’étalage des propriétés privées de la famille Bongo, au Gabon, au Maroc et en Europe.

«Le doyen».

Pour sa longévité aux affaires. Dans ce cas, Fidel Castro serait encore plus «doyen» que lui. Par ailleurs, aurait-on qualifié Georges Pompidou (devenu président français en 1969, soit deux ans après l’accession à la présidence gabonaise d’Omar Bongo) de doyen s’il s’était accroché au pouvoir jusqu’en 2009 ? Imagine-t-on un seul instant Helmut Schmidt, Margaret Thatcher ou un autre chef de gouvernement européen ainsi s’éterniser au pouvoir ? Les aurait-on qualifiés de doyen ? Seul le regard condescendant que les hommes politiques européens portent sur l’Afrique permet de justifier qu’un autocrate comme Bongo quitte la scène
sous un tel cortège de louanges.

«L’ami de la France»

était l’ennemi de son propre pays qu’il a maintenu dans la pauvreté, au point de ne pouvoir y construire un hôpital décent (sa femme étant décédée le 14 mars dans un hôpital marocain et lui-même dans un établissement hospitalier espagnol deux mois plus tard). Combien de Gabonais qui vivent dans les matitis (favelas de Libreville) peuvent se payer des soins à l’étranger ?

«Le facilitateur de la paix dans de nombreux conflits en Afrique».

Encore une flibusterie, quand on sait que Bongo et son régime ont soutenu les sécessionnistes du Biafra au début des années 60 (bilan, entre un et trois millions de morts) ou les attaques de Bob Denard contre le régime de Mathieu Kérékou au Bénin quelques années plus tard. Bongo a aussi permis la déstabilisation de plusieurs autres régimes africains. Il a géré de main de maître la transmission monarchique entre Eyadema et son fils Faure Gnassingbé au Togo. Dans son pays, il a muselé la presse, détruit des stations de radio au bulldozer, éliminé physiquement des opposants.

Aujourd’hui, on veut nous présenter Bongo comme un héros. On minimise désormais le fait qu’il a pillé son pays, que sa défunte femme possédait 50 comptes à l’étranger, on appelle à une transition en douceur pour que se perpétuent les souffrances du peuple gabonais. Tout se passe comme si, même la mort ne pouvait pas arrêter le système Bongo.

Pourtant, sa disparition physique devrait constituer une vraie bouffée d’oxygène pour les centaines de milliers de Gabonais qui n’ont jamais pu bénéficier de la nature généreuse de leur pauvre petit pays riche pris en otage par Bongo et ses amis. Ces milliers de personnes à qui on impose la paix des pauvres.

Non, au Gabon, Bongo n’était pas un bon gars.

Source: Camer.be

© Libération : EYOUM NGANGUÈ journaliste camerounais, fondateur de l’association des journalistes africains en exil.

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