Le Dr. Daniel Mengara propose aux candidats la mise en place d’un Comité de Crise Commun en vue de la résistance
A Messieurs André Mba Obame et Pierre Mamboundou,
Chers compatriotes,
Tout en condamnant l’agression physique du régime Bongo contre vos personnes et contre le peuple gabonais, et tout en vous signifiant à tous les deux ma solidarité, je me permets aujourd’hui de vous interpeller au sens du devoir.
Vu que c’est en vous deux que, le 30 août 2009, le peuple a placé la majorité de ses suffrages victorieux en vue de la fin du bongoïsme au Gabon, et vu l’urgence de la situation, il incombe désormais à vous deux de savoir si oui ou non vous désirez organiser la défense de ce vote en vue du rétablissement de la volonté du peuple.
Il me semble, hélas, qu’en continuant, comme vous le faites en ce moment, à clamer, chacun de son côté, sa victoire, vous n’aidez pas du tout à orienter la résistance d’un peuple pour le moment perdu et disloqué entre vous deux. Aujourd’hui, il n’y a plus, à mon sens, de raison pour que les deux candidats que vous êtes continuassent à clamer victoire chacun de son côté, au détriment même de la résistance que, pourtant, vous demandez au peuple. Qui de vous deux le peuple va-t-il défendre? Qui de vous deux a vraiment gagné ? Qui de vous deux la communauté internationale doit-elle écouter? Et sur quels chiffres le peuple et la communauté internationale doivent-ils se baser pour vous aider à affirmer « vos victoires » ?
A mon sens, il n’est pas aujourd’hui de vos deux intérêts, ni de l’intérêt du peuple, encore moins de l’intérêt de la résistance, de voir les énergies insurrectionnelles dispersées entre les deux candidats que vous êtes. Il ne s’agit plus non plus aujourd’hui de soutenir tel ou tel autre candidat, mais de défendre le vote du peuple tel qu’il s’est majoritairement exprimé contre Ali Bongo le 30 août. Du moment qu’il n’y a aucun moyen idéologique, sociologique ou arithmétique par lequel Ali Bongo peut gagner une élection transparente au Gabon, toute déclaration de victoire de sa part constitue une imposture. A ce titre, il faut la combattre avec la dernière énergie. Mais comment mener efficacement ce combat quand les deux candidats sur lesquels le peuple a jeté son dévolu ne font nulle part front commun en vue de l’affirmation objective de la vérité ?
Pour que ce combat soit gagné, donc, l’un de vous doit se désister en faveur de l’autre. Cela permettra à l’opposition de pouvoir enfin parler d’une seule et même voix, et au peuple de savoir qui il doit défendre et ce qu’il défend. S’il y a quelque chose que nous pouvons reconnaître à des gens comme Paul Mba Abessole et Jean Eyegue Ndong, c’est la grandeur avec laquelle ils se sont désistés en faveur d’un candidat unique, faisant ainsi preuve de sacrifice personnel en vue de la victoire contre les bongoïstes. En cela, ils ont démontré non seulement leur attachement de patriotes à la cause commune, mais également leur carrure d’hommes d’état. Il faut donc, impérativement, que l’un d’entre vous fasse preuve de la même grandeur d’esprit en se désistant en faveur de l’autre.
C’est dans ce contexte que je propose la mise en place urgente et immédiate, par vos deux camps, d’un Comité de Crise Commun (COMICCO) de 13 membres (6 membres par camp, plus un médiateur neutre qui en assurera la présidence), dont l’objectif sera:
1) d’organiser le désistement de l’un en faveur de l’autre: ce désistement peut se faire, soit sur la base des chiffres et résultats communiqués par le Ministre de l’intérieur, résultats qui placent André Mba Obame en deuxième position, donc devant Pierre Mamboundou, soit sur la base des VRAIS résultats dont vous devriez, objectivement, être en possession tous les deux. Autrement dit, il y a bel et bien un moyen objectif et scientifique par lequel il vous est possible de vous accorder. Si, comme vous le dites si bien, les chiffres communiqués par le Ministre de l’intérieur sont tronqués, vous devriez, logiquement, tous les deux disposer des vrais procès-verbaux montrant les vrais chiffres tels que contresignés par vos propres représentants dans les bureaux de vote conformément à la loi. La possession de ces procès-verbaux logiquement identiques devrait vous permettre à tous les deux, et en toute objectivité, d’établir qui de vous deux a gagné cette élection. Vu que cela a pris à peine 24 heures à la Cour constitutionnelle bongoïste d’éplucher les procès-verbaux et de « confirmer » la « victoire » frauduleuse d’Ali Bongo, le COMICCO devrait prendre le même temps au maximum pour éplucher objectivement tous les procès-verbaux en vos possessions aux fins d’établir publiquement l’un d’entre vous comme le vainqueur officiel de cette élection.
2) d’organiser, sur la base des VRAIS chiffres ainsi accordés et publiés conjointement par les deux camps, la résistance commune en faveur du vainqueur déclaré objectivement par le COMICCO. Autrement dit, c’est dans l’esprit du « Tout Sauf Ali » qu’il faut désormais positionner toute initiative allant dans le sens de la résistance. Et vu que vous devriez être tous les deux en possession de procès-verbaux identiques, avec exactement les mêmes chiffres et les mêmes signatures, déclarer l’un d’entre vous vainqueur sur une base scientifique ne devrait pas être si difficile que cela !
Ce n’est que de cette manière, Messieurs, que la résistance pourra mieux s’organiser. Faire le contraire ou continuer à clamer séparément vos victoires ne pourra que conforter Ali Bongo dans sa « victoire » puisqu’il vous rétorquera que vos déclarations ne sont pas cohérentes vu que vous n’arrivez pas déjà à vous entendre entre vous deux sur qui de vous deux est supposé avoir gagné l’élection. Je puis vous assurer que cela fait piètre figure non seulement aux yeux de la communauté internationale qui vous observe, mais également du peuple gabonais qui a placé ses espoirs en vous.
Accordez-vous donc, Messieurs, pour que le peuple gabonais puisse mieux vous suivre et mieux résister. Ce n’est pas au peuple d’organiser pour vous la résistance sans, de surcroit, savoir pour qui il est supposé résister et comment résister. La résistance s’organise. Elle ne s’improvise pas.
Ayant été farouchement opposé au principe de cette élection bâclée, élection qu’il fallait absolument reporter, j’étais partisan d’un blocage en amont, c’est-à-dire d’une stratégie de contestation ayant pour but d’empêcher la tenue de cette élection. J’ai donc préféré rester neutre entre tous les candidats de peur de valider un scrutin que je savais perdu d’avance. Mais du moment que le peuple a voté, mon objectif, désormais, vise uniquement au rétablissement et à la défense du vote du peuple tel qu’il s’est véritablement exprimé. Si c’est Pierre Mamboundou qui a reçu le vote majoritaire et souverain du peuple, je me battrai pour Pierre Mamboundou. Si c’est André Mba Obame, je me battrai pour André Mba Obame. Je me considère, donc, à ce titre, assez neutre entre vous deux pour pouvoir assurer la médiation entre les deux camps en vue de la mise en place immédiate du COMICCO, et ainsi organiser la résistance permanente en faveur du candidat victorieux décidé par les deux camps. C’est ce que le peuple gabonais veut.
Mais je ne saurais trop insister sur l’urgence de cette conciliation. Chaque jour qui passe sans réelle coordination des deux camps et sans accord de désistement entre les deux candidats que vous êtes est un jour perdu pour le peuple. C’est maintenant ou jamais. D’ici quelques jours, le peuple déçu se découragera et se démobilisera, laissant ainsi se perpétuer au Gabon la monarchie bongoïste.
Ali Bongo Ondimba, comme jadis son père, a démontré qu’il est non seulement disposé à frauder pour gagner, mais aussi à créer au Gabon un état policier et répressif. Mais plus que son père, Ali Bongo sera forcément la personne qui finira de jeter le Gabon dans le gouffre de la guerre civile, de la pauvreté et de la violence. Les 200 à 300 milliards tirés du trésor public avec lesquels il a financé son arrogante campagne de gaspillage sont la preuve que cet homme et sa famille sont prêts à tout pour tuer le Gabon. L’imposture politique d’Ali Bongo prouve à suffisance combien il est illusoire d’espérer au Gabon un changement autrement que par l’insurrection. La répression policière qui sévit dans le pays depuis le 3 septembre en est la démonstration la plus flagrante vu que, même quand le peuple s’assemble pour des manifestations pacifiques, le régime en place n’hésite aucunement à user de violence et de répression meurtrière.
Cet énième viol du vote du peuple par la famille Bongo, décidée plus que jamais à maintenir son hégémonie monarchique et despotique sur le Gabon, devrait montrer aux Gabonais, comme je l’ai toujours dit, que ce n’est plus par les urnes que le changement arrivera.
Or, toute révolution qui réussit est une révolution dont les leaders assument sans fards ni paravents le poids et la responsabilité. Personne ne pourra mieux orienter le peuple vers la résistance que les leaders pour lesquels ce peuple a voté. Il serait illusoire de croire que la résistance s’organisera d’elle-même ou que le peuple prendra « ses responsabilités » sans implication directe de vous deux. Il serait encore plus illusoire de croire que cette résistance puisse mener à la chute du régime sans coordination de la part de vos deux camps. Et, vu que personne d’autre que vous-mêmes ne pourra valablement défendre votre victoire, il vous incombe, vous qui étiez candidats, d’orienter votre peuple sur le type de résistance que vous souhaitez.
Recevez donc, Messieurs, mes patriotes salutations.
Vive le Gabon.
Vive la résistance.
Fait à Libreville, le 5 septembre 2009
Dr. Daniel Mengara
Président
BDP-Gabon Nouveau