Gabon : un jeune étudiant médecin français raconte !
Revenu du Gabon, un jeune Boulonnais témoigne du déroulement des élections « J'ai eu honte d'être Français » Simon est resté un mois au Gabon. Le temps d'observer, de dialoguer et de se faire une idée. Simon Laurent, natif de Boulogne-sur-Mer, est étudiant en médecine. L'année dernière, il a obtenu sa sixième année à l'université de Lille. Désireux d'en connaître davantage sur une autre pratique de la mèdecine dans l'optique de se diriger vers l'humanitaire, il a décidé, en juin dernier, de s'exiler trois mois en Afrique. Le Boulonnais est parti fin juin pour un mois et demi au Congo. Puis, au début du mois d'août, c'est le Gabon que le futur médecin décide de visiter. Dès son arrivée à Libreville, les gens qu'il côtoie ne lui parlent que des élections à venir, consécutives au décès du président Omar Bongo. Un scrutin qui lui apparaît déjà houleux. Avant que la campagne électorale ne commence, la tension est, selon Simon, déjà palpable. Sur un terrain qui lui paraît hostile, l'étudiant tente de dialoguer avec la population, et de comprendre la cause de ce sentiment d'animosité vis-à-vis des Français en particulier. Simon va alors se rendre compte que c'est l'étroit rapport entre la dynastie Bongo et la France qui le met dans une situation délicate. Rappelons que le Gabon est une ancienne colonie française qui a obtenu son indépendance en 1960. Cependant, certains liens assez étroits, et en particulier ceux de la famille Bongo avec l'état français, ne se sont jamais véritablement rompus. De plus, durant son règne, Omar Bongo n'a guère privilégié son peuple, au grand dam d'une partie de la population gabonaise. Au détriment d'un système de santé efficace, selon les observations du futur médecin, Omar Bongo a semble-t-il, préféré favoriser le développement de son armée. Voire son enrichissement personnel. Simon, en tant que Français, va alors recevoir conseils et menaces. En période électorale, un militaire lui intimera l'ordre de... rester chez lui. Certains Gabonais lui ordonneront de quitter le pays, et l'un d'entre eux ira jusqu'à le menacer de le brûler vif. Revenu à Boulogne-sur-Mer, l'étudiant explique : « Lorsque je suis parvenu à dialoguer avec les Gabonais pour essayer de comprendre ce sentiment anti-français, il en est toujours ressorti le même constat : le peuple souffre. Il est fatigué de ces 40 années de gouvernance injuste. Pas de répartition des richesses et un système de santé peu fiable. J'ai vécu certaines situations dures à digérer dans les hôpitaux du Gabon. En parlant à plusieurs médecins, j'ai vite compris qu'ils éprouvaient le même ras-le-bol que le reste de la population. Le peuple gabonais connaît également les intérêts français présents au Gabon, notamment avec la firme Total, installée à Libreville ». Dans ce climat, Ali Bongo, fils adoptif d'Omar Bongo, était, selon Simon, « d'avance désigné comme le candidat de la France. Celui dont le peuple ne voulait pas ». Selon les observations de l'étudiant en médecine, Ali Bongo a dépensé sans compter pour alimenter sa campagne : « Des écrans géants, des spots télé qui passaient en boucle 24h/24... On voyait Ali Bongo partout. À l'inverse, l'autre candidat, Pierre Mamboundou, a eu des difficultés pour se faire entendre. Lors du seul débat où il a été autorisé à prendre la parole face à Ali, son micro s'est coupé. Il a été tout bonnement interdit de média. Malgré ce manque total d'exposition, Mamboundou était le candidat du peuple. Celui que l'on attendait. Tous les Gabonais me parlaient de lui. Il représentait le changement face à la dynastie Bongo. En revenant en France, après le résultat des élections, j'ai entendu Bernard Kouchner qui félicitait le Gabon pour la transparence et le bon déroulement de ses élections. Et vraiment, en repensant à la détresse du peuple, là-bas, j'ai eu honte d'être français ». 9 septembre 2009 Joué d'avance ? |