L'index pointé par l'opposition sur les autorités en place se charge de lourdes accusations, alors que la période de dépôt des plaintes pour le contentieux électoral et expiré et que nous sommes entrés dans le mois crucial qui doit voir la délibération de la Cour Constitutionnelle.
Lors d'une conférence de presse tenue le 24 septembre au siège de l'Union gabonaise pour la démocratie et le développement (UGDD) à Libreville, le Front de refus du coup de force électoral a violemment fustigé le coup d'Etat électoral, et le glissement «insidieux» vers un régime dictatorial.
«Le pouvoir continue de poser des actes qui laisse à penser que le verdict de la Cour Constitutionnelle lui est acquis. (...) Il prépare à grands frais, à coût de centaines de millions de francs CFA l'investiture d'Ali Bongo Ondimba comme Chef de l'Etat. Le dispositif du feu d'artifice pour la circonstance est mis place, des invitations officielles sont déjà lancées», affirme la coalition de candidats malheureux à l'élection du 30 août.
«Un climat délétère est créé par le gouvernement frileux et fielleux qui n'hésite pas depuis début septembre à sanctionner dans leur travail les Gabonaises et Gabonais qui ont librement choisi de supporter le changement», dénonce encore le Front de refus, qui martèle qu'«Ali Bongo Ondimba n'a pas gagné cette élection, il l'a volé au peuple gabonais qui s'est massivement prononcé pour le changement en sanctionnant le PDG».
Au sujet des recours, dont la période de dépôt a expiré le 19 septembre dernier, les opposants précisent que «les recours des candidats sont individuels, (…) [mais] nous sommes solidaires des motifs d'annulation évoqués par les uns et les autres y compris celui portant sur l'inéligibilité d'Ali Bongo Ondimba pour cause de nationalité douteuse», allusion faite au recours déposé par Luc Bengone Nsi, du Morena Originel, pour lequel les famille Ondimba et Ebori ont annoncé des poursuites judiciaires pour diffamation.
Ils affirment à cet effet que «notre contestation des résultats officiels repose sur des éléments solides provenant de nos investigations à la CENAP et des procès-verbaux des bureaux de vote en notre possession».
Abordant l'ingérence décriée de la France dans le processus électoral, «aujourd'hui, Messieurs Kouchner et Joyandet, Ministre français des Affaires Etrangères et Secrétaire d'Etat Français à la Coopération, peuvent-il toujours déclarer comme il l'ont fait sur France 24, que les élections se sont bien déroulées au Gabon ?», interrogent les opposants.
Et rappelant les propos de Nicolas Sarkozy le 23 septembre dernier à la tribune des Nations Unies, qui lançait «sommes-nous plus lâches que les centaines de milliers d'iraniens qui manifestent pour contester les élections présidentielles en Iran ?», «monsieur Sarkozy et la France officielle sont-ils plus lâches que les dizaines de milliers de Gabonais qui refusent le coup d'Etat électoral perpétré par Ali Bongo Ondimba et le PDG ?», rétorque le Front de refus.
«Une élection ne se limite pas au bon déroulement des opérations de vote», rappellent les opposants, expliquant qu'«une partie importante de la fraude s'est opérée au niveau de la centralisation des résultats où il n'y avait aucun observateur».
«Monsieur Faustin Boukoubi (…) peut-il aujourd'hui affirmer que le vote de mineurs de 12 ans constaté dans son propre village de Lemengue et consigné sur procès-verbal est une affabulation de mauvais perdant ?», poursuit la déclaration.
«Si la Cour Constitutionnelle venait à dire autre chose que le droit pour confirmer le coup d'Etat électoral que nous dénonçons, chacun de ses membres devra assumer sa responsabilité devant l'histoire et devant le peuple Gabonais», avertit le Front de refus, qui a notamment annoncé des poursuites judiciaires à l'encontre des présidents de commissions électorales locales, des personnels et auxiliaires de commandement impliqués dans la falsification des procès-verbaux et des listes d'émargements.
Au sujet des émeutes post-électorales de Port-Gentil, le Front de refus affirme que «la sanglante répression ainsi que les exactions commises sur les personnes et les biens par les forces de sécurité et de défense nous ont conduit à dépêcher sur place à Port-Gentil cette Mission d'information dont le rapport (…) met clairement en évidence les mensonges du gouvernement sur le nombre de morts à Port-Gentil et les conditions de leur décès».
«D'ailleurs que les résultats des investigations des journalistes de L'union, journal de référence, sont plus proches de notre rapport que des affabulations du pouvoir», renchérit la déclaration.
«Qui dirige le Gabon aujourd'hui ? Et qui du Chef de l'Etat ou du Chef du Gouvernement a donné l'ordre aux Forces de sécurité et de défense de tirer à vu et à balles réelles sur des populations sans armes? Combien de morts faudra-t-il pour que le Parlement, qui représente le peuple gabonais ainsi que la Communauté internationale, si prompte à donner des leçons de démocratie aux africains, se saisissent de cette question et demandent des comptes aux responsables?», questionne ainsi le Front de refus.
Aussi les candidats malheureux ont-ils annoncé qu'ils comptaient «saisir les ONG internationales telles que Human Rights Watch, Amnesty International ainsi que la Cour Pénale Internationale pour que les coupables et leurs commanditaires répondent de leur crime».
«Sommes-nous toujours en République ? Le Gabon est-il toujours un État de droit ? Où alors sommes-nous en train de glisser insidieusement vers autre chose ?», questionne enfin le collectif.
«Toutes les institutions de ce pays et ceux qui les dirigent ne doivent pas se laisser prendre au jeu du service des intérêts d'un homme et d'un clan, au mépris du respect de ce qui fonde notre République et au détriment des intérêts du peuple gabonais», avertit le Front de refus du coup de force électoral. |