Ali Bongo et ses amis sont allés inaugurer comme grande réalisation de l’émergence, le pont sur la Banio. Ce pont de 520 mètres de long, qui a couté près de 83 milliards de francs CFA et qui relie la localité de Mayumba au reste de la province de la Nyanga. Mais pour nous sur ce blog, même si un pont est toujours salutaire pour les usagers qui voient ainsi leurs tracasseries diminuer, il faut toujours regarder les choses froidement et de manière rigoureusement analytique. Doit-on encore, aujourd’hui, faire autant de bruit sur la construction d’un édifice, d’un pont, dans un pays aussi riche en théorie que le Gabon, qui manque de tant de choses? Nous vous expliquons le sens de cette question.
Ce pont va certes satisfaire certains sur le court terme, mais qu’elle en est son utilité s’il s’avère que ce pont au finish se révèlera être un pont qui ne mène nulle part? C'est-à-dire que nous nous interrogeons sur le rapport cout et rentabilité du pont. Les coûts de construction ont été de 83 milliards, c'est-à-dire 160 millions de francs CFA le mètre. Cette somme est surprenante pour un projet dont l’utilité est toujours incertaine en ce sens que nous ne savons pas ce qui sera commercialement transporté sur ce pont pour justifier ce coût. Quel serait l’impact économique de ce pont et suivant quels termes?
Il y en a qui pensent que tout projet est justifiable du moment que l’on construit quelque chose. Ce blog n’est pas de cet avis car nous savons malheureusement qu’au Gabon, on a souvent construit pour le prestige et non pour une quelconque rentabilité ou efficacité. L’exemple le plus illustratif de cet état de fait est la construction du Transgabonais. Cet ouvrage a presque mis le pays en banqueroute et n’a jamais tenu les promesses annoncées. Il se révèle avoir été un énorme gaspillage. Pourtant le Gabon a besoin d’un chemin de fer performant aussi bien pour le transport des personnes que des biens. A cet effet, on aurait fait de mieux penser son itinéraire et l’intégration économique des diverses localités du pays. Mais les Bongo n’en ont fait qu’à leur tête et on se retrouve avec une ligne de chemin de fer peu efficace, qui coute les yeux de la tête et est en déficit permanent. Bravo, car le Transgabonais est devenu le symbole le plus éclatant de la dilapidation des fonds publics au Gabon.
En 2005, grâce à un financement de l’Union Européenne, le pont sur le Ntem à Eboro, reliant la province du Woleu-Ntem au Cameroun était inauguré. Dans son dossier de financement, l’Union Européenne disait que l’importance économique du ce pont trouvait sa raison d’être dans les volumes des échanges commerciaux entre le Cameroun et le Gabon, échanges dont l’obstacle était la traversée par le bac et que le pont d’Eboro venait fluidifier. Quand on connait le volume commercial entre le Cameroun et le Gabon, cette dépense est entièrement justifiée. Pour la partie Gabonaise, l’ordonnateur régional du projet était Casimir Oye Mba; alors Ministre de la Planification et ce pont de 180 mètres avait couté 11 milliards de francs CFA, c'est-à-dire environ 61 millions de francs CFA le mètre. Chers lecteurs, nous vous posons une question : pourquoi le pont sur la Banio a-t-il couté presque 3 fois plus chère au mètre, que celui d’Eboro ? Une différence d’un facteur de 3 est tout simplement inexplicable, sauf si on considère que le pont d’Eboro avait derrière lui les financiers sérieux de l’Union Européenne qui ne font pas dans la surfacturation, alors que celui sur la Banio n’était qu’un festival de nous-mêmes nous-mêmes ! Si le pont sur la Banio avait été réalisé suivant les mêmes modalités de que celui d’Eboro, il n’aurait couté que 33 milliards de Francs CFA. La différence de coût entre les deux ponts est donc potentiellement de 50 milliards ; une différence hallucinante qu’on devrait expliquer aux peuple Gabonais.
Après 47 ans de despotisme aveugle, le peuple Gabonais doit exercer un scepticisme scientifique face à toutes les « Grandes réalisations » qui lui sont présentées à des prix souvent ridicules. Les Gabonais ne devraient plus laisser les slogans tenter de cacher toutes les inerties corruptrices du régime.
Les organes d’information de la République, les présentateurs et animateurs devraient désormais savoir qu’il soit inutile pour eux de prendre de faux accents festifs pour faire la propagande du régime en annonçant des réalisations qui méritent une évaluation intelligente et réfléchie comme cela se fait dans les pays normaux. À la télévision, comme à la radio et dans les journaux d’Etats, la déification flagorneuse du régime frise le ridicule. Du Premier Ministre au dernier planton de la République, en passant par tous les grades intermédiaires d’une hiérarchie qui tous les jours montre ses limites, tout propos doit impérativement commencer par: « comme l’a dit le Chef de l’État, son Excellence le président de la République, etc…» Dans un tel système, on empêche que les individus pensent d’eux-mêmes; seul « le Chef de l’État » doit penser ; lui seul a droit à la réflexion. Tout émane de lui! Mais cette adulation du «Chef de l’État son Excellence le président de la République» ne saurait faire accepter aux Gabonais pensant, les absurdités du régime comme la réalisation d’un pont, certes salutaire pour certains, mais qu’on aurait pu construire à un coût plus régulier.
C’est de l’incitation au culte destructeur de la personnalité que de faire du bruit pour un pont dont l’utilité reste à débattre mais dont le prix mérite explication. Combien de cérémonies, d’orgies de propagande, avaient accueilli le chemin de fer Transgabonais ? Où en sommes aujourd’hui ? Dans les pays bien gérés et bien gouvernés, les autorités font leur travail et le peuple constate ; il n’y a pas une armée de propagandistes attribuant tout mouvement respiratoire dans le pays à la volonté du «Chef de l’État son Excellence le président de la République». En Afrique en général et au Gabon en particulier, on se lance trop de fleurs pour peu, on célèbre des choses qui souvent se révèlent absurdes, au lieu de laisser les faits parler d'eux-mêmes. Dans les pays qui avancent réellement, quand on regarde le nombre et la qualité des édifices et des ouvrages réalisés chaque année, qui a le temps de faire des cérémonies pompeuses d'inauguration pour chaque réalisation? Oh pauvre Gabon !
Source : M. Edzodzome Ella - Le Gabon énervant

