Le Front (photo: J.P. Rougou)
Les réunions se succèdent aux réunions; des résolutions sont prises; le régime est résolument aux abois; la population est prête au changement. Mais de plus en plus, les observateurs les plus objectifs et les plus enthousiastes et désireux du changement au Gabon se demandent sincèrement si l’opposition organisée et structurée autour des partis politiques au Gabon, n’est pas elle-même volontairement soumise aux blocages et reculs que lui impose le régime politique en place.
Les carences évidentes et l’incompétence notoire du régime en place a permis l’éruption d’une contestation plurielle et dynamique, s’exprimant à travers des formations à caractères politiques et des organisations citoyennes et de la société civile. Sur le terrain, les débats politiques souvent intenses et contradictoires sur place ou sur les réseaux sociaux, sont relayés par des manifestations et des rassemblements permettant de prendre le pouls de la population. Sur ce point, les populations sont plus que prêtes à l’alternance car elles en ont assez de ce régime. Cependant, il semble que l’opposition organisée autour des partis politiques refuse de prendre ses responsabilités et contraindre le pouvoir à céder le pas. Nombreux sont les Gabonais qui remarquent que cette opposition organisée autour des partis politiques a curieusement plutôt tendance à permettre au régime de revenir sur les avancées réalisées; de permettre au régime de réduire la marge de manœuvre de cette opposition; en limitant les activités concrètes des partis d’opposition à une dichotomie réductrice de type « dialoguiste » contre un régime répressif. Le rapport de force est inégal et on finit par tourner en rond. L’ampleur de la contestation est potentiellement énorme, mais l’opposition refuse d’en faire son point focal; enfermée qu’elle est dans la trappe de l’attentisme permanent. Cela, les Gabonais s’en lassent !
Tout le monde sait que le régime est complètement dépassé par les événements. L’opposition a donc les moyens humains, matériels, mais surtout conjoncturels de pousser le régime à accepter l’alternance. C’est ce qui s’est passé au Burkina et dans les pays du Maghreb. L’inefficacité de l’expérience démocratique au Gabon est aussi souvent, malheureusement, la conséquence d’une fuite en avant de l’opposition. Le régime Bongo a toujours oscillé entre autoritarisme et des formes négligeables d’ouverture démocratique. Mais l’opposition se maintient dans sa posture molle, hésitant à prendre le taureau par les cornes et faire fléchir et tomber ce régime une bonne fois pour toute. La récurrence de cette observation a poussé certains à postuler que les membres de l’opposition organisée autour des partis politiques semblent plus à mêmes d’entretenir le flou et alimenter les discours politiciens, qu’à mettre en place et actionner les mécanismes de démantèlement du régime en place au Gabon.
La démocratie et la possibilité d’alternance au Gabon sont largement bloquées. Il serait simple d’accuser simplement les détenteurs du pouvoir de vouloir maintenir leurs acquis et de réprimer par la force les changements voulus par l’opposition. Mais la situation est plus complexe car le statu quo semble être la conséquence d’une conjonction d’équilibres entre les deux camps. Les débats politiques sur le terrain ou sur les réseaux sociaux et autres organes de presse libres, riches, contradictoires et sans langue de bois, sont encourageants. Mais cette énergie cinétique de contestation doit être transformée en une énergie de changement ; et si l’opposition organisée autour des partis politiques est incapable de faire ce pas, il va falloir que les populations et les organisations indépendantes s’autonomisent et prennent en main ce mouvement pour le conduire à bon port, car les mouvements politiques donnent l’impression d’avoir une existence végétative, seulement interrompue à intervalle régulier par la perspective d’une échéance électorale sans enjeu car déterminée d’avance, ou d’un autre discours de contestation sans grandes conséquences.
Si l’opposition veut convaincre les Gabonais de son rôle comme canal de transmission des revendications des citoyens et d’expression de leur ras le bol ; cette opposition doit se muscler et demander simplement, par la voix et l’action, la destitution du régime. Les Gabonais reprochent à l’opposition son manque d’anticipation et de réactivité ; et ont du mal à se reconnaître dans cette opposition hésitante et vacillante. L’opposition doit impérativement rallumer la fougue du changement à tout prix et le démontrer sans ambiguïté car les risques d’autonomisation de la contestation sont grands, vu que nombreux sont les gabonais qui pensent que la promesse du changement ne doit pas rester lettre morte et la parenthèse démocratique ne doit pas se refermer sur du vide. Ces Gabonais sont prêts, car on ne peut pas construire une démocratie sans démocrates et si les citoyens libres sont les seuls démocrates du Gabon; ce sera à eux que reviendra le rôle de bâtir la démocratie dans ce pays!
Source : Charlie M. - Le Gabon énervant!
